Les anciens et les modernes

A notre époque, nous vivons une période de transformation des pratiques spirituelles. Les anciennes religions ne sont plus guère suivies. Elles perdent du crédit car leurs théologies, qui sont des constructions fabriquées pour des temps anciens, paraissent désuètes face aux découvertes de la science moderne et aux nouveaux styles de vie.

Et pourtant le besoin de certitudes spirituelles n’a jamais été aussi grand, justement à cause de l’effondrement des religions.

Dans ce contexte, on voit apparaître une spiritualité nouvelle spontanée, celle du New Age, qui improvise des découvertes spirituelles diverses, un peu dans toutes les directions.

Notons au passage que les festivals de musique de la jeunesse sont très chargés de spiritualité.

On voit aussi apparaître des manifestations assez cohérentes qui ont tendance à prendre le haut du pavé.

Il s’agit de l’enseignement de multiples personnes qui ont connu l’éveil spirituel, et qui en témoignent. Osho, Arnaud Desjardins, Douglas Harding, Eckhart Tolle, etc, nommez-en autant que vous voudrez, ils sont très nombreux, heureusement.

Ces enseignants ont tous leurs disciples, et ils répondent donc au besoin d’une spiritualité moderne acceptable et reconnue.

Ces enseignements d’éveillés possèdent naturellement des points communs : ils mettent l’accent sur la découverte de notre nature profonde, qui se révèle dans le lâcher-prise. Foin des dogmes et des théologies, il suffit d’entrer en soi-même pour découvrir notre vraie nature et la présence transcendante de la réalité spirituelle.

Chacune de des lignes de vision possède sa spécificité, son point de vue original, mais dans la même tendance d’ensemble.

Alors la question qui se pose, bien entendu : que faut-il maintenant faire des traditions anciennes, sont-elles à jeter aux orties comme les religions discréditées ?

Certaines traditions orientales restent très respectées, justement à cause de leur culte de la vacuité, de la pratique méditative en dehors des théories dogmatiques. Le Bouddhisme, l’Hindouisme, le Zen… rassemblent un nombre important d’adeptes qui disposent d’un enseignement assuré et cohérent.

On respecte également les traditions premières, comme le Chamanisme, qui ont des pratiques simple et spontanées, dépourvues de croyances gênantes.

Il demeure également les structures spirituelles indépendantes solidement ancrées qui se maintiennent en dehors des remous, comme la Franc-Maçonnerie, la théosophie, etc.

La situation est différente pour les disciples des éveillés modernes. Ils adoptent les vues de leurs maîtres à penser, et trouvent là leur bonheur. Mais pour une grande part, ils demeurent encore dans la recherche et le questionnement, comme s’ils cherchaient plus d’assurance et plus de réponses.

Une tendance remarquable chez eux est de penser qu’ils ont trouvé la pierre philosophale et que tout le reste ne vaut rien. Ils diraient « Tout ce qui a été enseigné auparavant, c’est de la crotte de bique, des croyances dépassées qui n’étaient utilisées que pour contrôler le bon peuple. Ce que les anciennes traditions véhiculent, c’est tout simplement inutile ou dépassé. »

Ce serait là une erreur majeure.

Certaines traditions sont encore beaucoup à apporter.

D’abord elles mettent l’accent sur la pratique méditative et l’éveil, tout comme les éveillés modernes qui ne font que découvrir ce que l’on sait déjà depuis longtemps.

 

L’ENSEIGNEMENT DES ÉVEILLÉS MODERNES OUVRE LA PORTE

─ Excusez monsieur, mais je trouve que ce que j’apprends chez mon guide spirituel me convient parfaitement, et je n’ai pas besoin d’aller chercher ailleurs.

─ Exact. Cet enseignement est très utile. Il est excellent. Du reste il n’y a pas d’autre entrée dans la spiritualité moderne véritable. Il faut passer par là, leur enseignement est ce qui convient. Ayez confiance, ce n’est pas une fausse route, c’est la bonne.

─ Mais alors que trouvez-vous à dire de plus ?

─ Je dirais que si les éveillés modernes ouvrent la porte d’une spiritualité adaptée à notre monde, leur enseignement ne contient quand même pas tout ; il lui manque ce que les traditions anciennes peuvent apporter.

─ Comme quoi ? Pouvez-vous expliquer plus clairement ?

─ Le savoir ancien est le trésor de l’humanité. Une tradition telle que la Voie Intégrale (Tao) possède un savoir prodigieux. On peut suivre les enseignants modernes, mais leur vision est limitée à celle d’une personne, il se peut que cela nous tienne vous aussi dans un périmètre spirituel limité.

Par exemple rester fixé sur l’idée qu’il n’y a pas de chemin à faire car tout est déjà là.

─ Mais les anciens le disent aussi !

─ Oui, mais il y a plus que cela. Vous aurez besoin d’autres informations, d’autres réponses.  Vous risquez par exemple de rester enfermés dans une lutte stérile contre votre « mental » et contre votre ego. Cela va limiter les progrès que vous pouvez faire.

Il n’est pas dit que si leur expérience est fiable, ce soit la même chose que vous devriez adopter illico, en essayant de vous raccrocher à leur niveau à eux. (Vous ne pouvez pas coller sur vous leur acquis à eux.)

─ J’obtiens les réponses dont j’ai besoin, et je suis satisfait de mon évolution.

─ Bien, mais sachez aussi que la tradition de la Voie Intégrale contient toutes les réponses dont vous aurez encore besoin plus tard.

─ Mais c’est quoi cette particularité de la Voie Intégrale ?

─ Il manque aux éveillés modernes quelques dizaines de siècles d’expérience. L’éveil leur est tombé dessus à l’improviste, comme le ciel vous tombe sur la tête. La chose est différente dans les traditions où les pratiquants passent des journées, ou des années, en retraite méditative. Souvenez-vous de cet ermite qui était allé chercher du pain et qui sur le chemin du retour se mit en méditation. Lorsqu’il refit surface, le pain était moisi.

─ Qu’est-ce que ça montre ?

─ Cela montre une pratique dans laquelle il est possible d’atteindre des connaissances très profondes, c’est ce que l’on nomme la sagesse.

─ Que voulez-vous dire ?

─ Sagesse signifie connaissance profonde et complète.

La voie du Tao est une culture en dehors de toute mesure. Parce qu’elle a débuté à l’époque préhistorique et s’est poursuivie en se développant et en s’enrichissant au cours des âges sans interruption. C’est la même culture, la même pensée qui s’est poursuivie depuis les chamans des temps les plus reculés jusqu’aux temples et hôpitaux de l’époque moderne.

Songez à un savoir humain unifié se continuant depuis les grottes ornées protohistoriques, jusqu’aux périodes de l’antiquité et aux temps modernes, et cela sur un territoire immense.

─ Et alors, qu’est-ce que ça donne ?

Cela donne de comprendre complètement tout ce qui nous entoure. Savoir que tout est fondé sur une énergie unique qui se manifeste en esprit, en force vitale et en matière. Cela montre quelle est la structure de l’univers et de la personne, quelle est leur évolution, et donc le sens de la destinée. Cela peut donner la découverte des êtres surnaturels qui nous entourent. Cela donne des applications pratiques en médecine, en diététique et en art de vivre.

Cela donne aussi une voie à suivre pour se développer spirituellement.

─ Mais on n’a pas besoin de savoir tout ça si l’on a compris que tout est une seule et même  nature spirituelle, y compris la nôtre.

─ Vrai. Tout comme on n’a pas besoin d’être médecin pour être en bonne santé. On n’a même besoin d’aucun enseignement quand on sait répondre instinctivement à sa nature profonde.

─ Dites-nous donc pourquoi vous insistez à comparer les anciens et les modernes.

─ C’est une mise en garde contre l’erreur de rejeter une tradition comme la Voie Intégrale. On entend parfois dire : tous ces enseignements ne sont que des croyances. Or cela est parfaitement faux. Ce sont des découvertes précieuses et permanentes fondées sur l’expérience.

Le livre de base de la médecine chinoise est daté entre le 4e et le 2e siècle avant notre ère, mais il est toujours utilisé et enseigné comme la référence de base, car ce qui est dedans n’a pas à changer. C’est comme si vous étiez soigné par un médecin des pharaons avec des résultats aussi bons ou parfois meilleurs que ceux de l’hôpital du coin. Un traité de prescriptions datant de l’an 652 est toujours utilisé, parmi tant d’autres.

Il en va exactement de même des enseignements spirituels, qui font partie de la même sagesse, comme le Tao Teh Ching. Si on les approfondit, on découvre des connaissances dont l’étendue, la profondeur et la précision sont époustouflantes. Cela, les éveillés modernes l’ignorent, c’est pourquoi il faut prendre avec un grain de sel une remarque comme celle-ci :

« Si quelqu’un vous déclare que vous pouvez apprendre quelque chose ou obtenir une perception directe grâce à une technique ou un système, passez votre chemin. » (J. Klein)

Cela n’est pas exact. Il existe des exercices qui peuvent conduire à l’éveil. Il existe des méditations actives qui peuvent conduire à des progrès remarquables. Ce n’est pas parce qu’on ignore une chose qu’elle n’existe pas !

─ Vous avez votre  vérité, donc c’est la bonne !

Non, la vérité est disséminée partout, comme l’air et l’énergie, elle appartient à tout le monde, elle est universelle, on ne peut pas se l’approprier.

Simplement disons qu’il vaut mieux ne pas négliger ce que l’on ne connaît pas. Selon toute vraisemblance, cela peut compléter ce que vous savez déjà, si vous êtes assez tolérant pour l’examiner de près.

Dans une vidéo, Stephen Jourdain déclare avec une belle assurance : « toutes les traditions sont à mettre à la poubelle ! »

C’est ce genre d’erreur qu’il faut éviter.

─ A quoi bon nous parler d’une sagesse qui ne nous est  pas accessible, on ne la trouve nulle part !

Nous n’en avons pas forcément besoin, peut-être l’avons-nous déjà.

Nous sommes à l’ère des communications et ce qui était inconnu depuis des siècles peut devenir accessible. Quand nous en aurons besoin, sésame s’ouvrira. Nous ne perdons rien.

Les éveillés nous ouvrent la porte, nous avons ce qu’il faut, nous sommes au bon endroit au bon moment. Nous faisons la bonne pratique, tout est là.

Nous venons d’entrer dans l’ascenseur, mais nous ne sommes pas encore au 36e étage.

─ Ah bon ! C’est ça que ça veut dire : « on voyage mais il n’y a pas de chemin,  le but du trajet et le trajet sont la même chose. Vous partez mais vous êtes déjà arrivés ! »

C’est l’ascenseur !

— Si on peut en rire, il doit y avoir du vrai.

 

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Ici et maintenant

Ici et maintenant et encore un peu plus tard

Il n’est pas facile toujours d’accorder notre expérience avec l’enseignement

Ainsi, par exemple, la notion d’un chemin  parcourir et l’idée que tout se passe ici et maintenant.

Et pourtant les deux coexistent.

Car le chemin, la Voie, et l’objectif final à atteindre sont en fait une seule et même chose.

Le but final, c’est d’atteindre notre propre nature.

Et pourtant, nous l’avons déjà.

C’est donc plutôt de réunir la petite parcelle que nous possédons, avec le grand tout universel.

Unir le moi avec le Soi. (= Éveil, dépassement de l’ego.)

Le problème vient du fait que nous sommes sur terre, une zone d’énergie lourde et grossière, où les choses s’accordent mal, mais nous sommes dotés d’une âme céleste qui aspire à compléter la perfection qu’elle contient.

Ainsi, au cours d’une méditation, nous atteignons, ou au moins nous approchons cette réunion, la communion entre notre âme divine et celle de l’univers.

Lorsque nous retournons dans le quotidien, des surprises nous attendent.

Nous retrouvons nos défauts et nos problèmes.

Tant et aussi longtemps que nous sommes présents ici-bas, nous devons affronter les conditions de la vie terrestre.

Et même quand nous aurons trépassé, nous serons des ombres, des êtres imparfaits voués à repartir pour un tour.

Jusques à quand ? Jusqu’à ce que nous ayons pleinement complété notre propre nature, pleinement réintégré le tout originel.

C’est le sens de notre destinée sur terre : se réaliser pleinement. C’est la nécessité d’un travail sur soi qui est long, et assez ingrat.

La condition humaine est faite d’ambiguïté, de dualité, de paradoxes.

Un bon exemple est le problème du Bien et du Mal.

Les enseignements disent que le Bien et le Mal n’existent pas, car tout existe en profonde harmonie.

C’est vrai. Mais pas à notre niveau. Dans la vie ordinaire terrestre, le Bien et le Mal existent bel et bien. Ils n’ont pas encore été réunis dans la neutralité suprême.

L’instant présent est vécu par notre âme profonde, mais dès que nous entrons dans l’action, dans la pensée, dans le quotidien, le passé et le futur s’invitent pour danser autour.

Tout l’univers créé (= manifesté,) est fait d’énergie en mouvement, qui suit donc son chemin.

En tant que grande Unité, tout l’univers est l’instant présent. En tant qu’existence ici-bas, au milieu de l’échelle, entre Ciel et Terre, nous vivons dans le temps, (et même que nous aimons ça.)

On comprend donc le sens des paroles un peu mystérieuses des enseignements qui parlent « d’agir sans agir, » de faire sans rien faire.

Dans la méditation, nous agissons sans agir. Dans l’immobilité nous avançons, dans la vacuité, nous sommes plus que jamais.

Dans la pratique du mental vide, propre et non occupé, nous rejoignons notre être profond sans rien faire.

Et lorsque dans le monde extérieur nous agirons, nous penserons, beaucoup de choses se produiront d’elles-mêmes, heureuses et imprévues si nous les avons méritées. Sinon, l’inverse.

Ceux et celles qui usent leurs semelles sur le chemin de Compostelle tirent la langue et soignent leurs pieds douloureux. Mais ils continuent jusqu’au bout. Pourquoi ?

Parce qu’ils portent en eux la destination finale.

La Voie et le chemin pour l’atteindre sont une seule et même chose.

 

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Le mental vide

Le Mental vide

 

Souvent, ceux qui pratiquent la méditation depuis longtemps sont déçus et trouvent les résultats insuffisants.

C’est la situation humaine de tous, = assis entre deux chaises. Divisés, partagés.

D’un côté la vie quotidienne, ses plaisirs, ses inquiétudes, ses obligations, le monde où l’on vit, qui nous accapare presque complètement, et de l’autre côté, le besoin de paix, d’unité, de cohérence, de s’élever au-dessus du tourbillon quotidien qui ne mène à rien si on y reste.

Entre les deux, il y a le voile, le mur, le silence, l’échec, on sent qu’on ne parvient pas à enregistrer des progrès radicaux, ou s’ils apparaissent, c’est pour être perdus quelque temps plus tard.

Le monde quotidien, c’est celui du moi, de ses désirs, du besoin d’aboutir.

Le monde spirituel qui semble inaccessible, c’est celui de l’esprit en nous, qui exige que nous fassions notre chemin.

Les anciens nous ont enseigné que ces deux mondes ne sont pas séparés. (Les nouveaux enseignements n’apportent rien de plus, ils reprennent simplement ce qui a déjà été dit.)

Les deux mondes ne sont pas séparés, cependant, nous en faisons l’expérience comme de deux choses distinctes. C’est que s’ils ne sont pas séparés en eux-mêmes, pour nous, pour notre expérience personnelle, ils ne sont pas unis.

S’ils étaient unis, nous n’aurions aucun problème, nous serions des êtres divins achevés.

Par conséquent, la voie naturelle, c’est tout simplement de les réunir. C’est notre travail de développement personnel, c’est le sens de notre destinée.

La dualité externe, esprit/matière, bien/mal ne nous satisfait pas, la dualité interne, corps/esprit, désirs malhonnêtes/désirs sublimes, besoins grossiers/besoins subtils, ne nous satisfait pas.

La dualité moi/le monde, ne nous satisfait pas.

Nous avons donc bien à tout instant un urgent problème à résoudre, celui d’accorder tout ça.

La méditation est l’exercice de choix qui réunit ce monde et l’autre, la nature externe et la nature profonde. La méditation opère une alchimie qui raffine notre essence grossière et la transforme en essence subtile.

Elle distille nos énergies de la matière et des sens pour en faire de l’énergie spirituelle pure et subtile.

A long terme, elle transforme complètement notre être, le faisant passer de l’état divisé à l’union complète avec sa propre nature profonde.

Ce que nous trouvons difficile, c’est que ce processus est très lent, et très long. Pire ! Il ne finit jamais.

Ce n’est pas réjouissant.

Et pourtant,

Quand on dit que les résultats ne sont pas satisfaisants, pas grand-chose pour nos attentes, c’est peut-être exagéré. Il y a certainement de l’évolution tant que nous pratiquons, mais nous ne le percevons pas bien. Il ne faut pas se comparer avec ce que l’on voudrait être, il faut plutôt se comparer avec ce que l’on était il y a 5 ou 10 ans, alors, oui ! Il y a de l’évolution.

Que faut-il donc faire pour que les choses aillent mieux ?

Nous avons dit qu’il y a deux mondes à réunir. Les humains sont entre Ciel et Terre, sur la frontière.

Changer de camp.

Choisir entre le monde quotidien terrestre et le monde spirituel de la méditation. Nous passons de l’un à l’autre, mais le plus souvent nous sommes dans le quotidien terrestre. Pour un effet plus radical, la solution est de changer de camp.

C’est  à dire transporter le monde de la méditation dans la vie de tous les jours.

Nous appartenons aux deux mondes, et nous devons donc être dans les deux mondes à la fois, mais privilégier l’un des deux sans répudier l’autre donne le mouvement à notre évolution, dans un sens ou dans l’autre.

Si nous choisissons de privilégier l’évolution spirituelle en continu, là, c’est vraiment un changement radical qui nous attend.

— Pensons à tous ceux et celles qui se sont consacrés à une voie, qui ont été tondus et revêtus d’un habit uniforme, est-ce qu’il faut se dépouiller autant que ça ?  (Tremblements et frissons.)

Pour ce qui est radical, oui, pour ce qui est effrayant, non, car il s’agit de rester dans la voie naturelle.

Amener la spiritualité dans la vie de tous les jours, amener l’état d’esprit de méditation dans le quotidien, c’est changer totalement sa façon de vivre.

Comment ça fonctionne ?

C’est garder un mental vide et non occupé.

Mental (mind) signifie une fonction dont le rôle est de relier entre elles toutes les instances de la personne, les niveaux animal (sensations), émotionnel, intellectuel et l’être spirituel élevé (intuition).

Garder le mental vide : cela revient à se détacher, à mettre une distance entre le tourbillon externe et le centre de son être.

C’est-à-dire :

Ne pas laisser le mental galoper dans tous les sens. C’est une pure perte d’énergie.

Ne pas courir après les satisfactions externes, ce n’est pas le but de la vie. Ainsi on évite de devenir dépendant des satisfactions externes.

Éviter de rester irrémédiablement attaché  à quoi que ce soit, c’est ne pas porter de boulet au pied.

Ne pas se laisser perturber par les conflits.

Essayer de rester détaché du monde externe et de ses bouleversements permanents.

— C’est bien, on voit bien que c’est l’état mental de méditation détaché de tout, mais comment ça marche en pratique ? Quand on vit dans le monde, on est impliqué dans tout ce qui se passe, on n’est pas vraiment libre de se détacher.

Pourtant, c’est possible, sinon en permanence, du moins en de multiples occasions dans la journée. (Pas en conduisant tout de même.) Bien sûr, quand on est occupé à une tâche, ou à une conversation, on s’y consacre entièrement, mais on reviendra facilement au mental vide et non occupé si celui-ci devient une habitude.

Ce mental libre, méditatif, sera dans notre regard comme une loupe inversée, ou un clair cristal pour regarder les évènements qui nous entourent. Ils seront éloignés, mis en perspective et les malheurs apparaîtront moins nocifs, moins blessants, (même s’il faut encore leur donner leur dû.) Les bonheurs seront moins fugaces et fascinants.

Échecs, succès, richesse, pauvreté, renommée, calomnie, deuils, maladie, frustrations, etc…tout le kaléidoscope de l’existence peut tourner sans nous affecter outre mesure. Même l’amour de nos proches se trouvera étendu, raffiné et plus profond en n’étant plus crispé sur l’exclusivité.

Sentons vivre cette conscience vigilante, libre, vide et paisible qui peut nous accompagner partout.

— Ce discours ressemble à une prédication irresponsable ou un baratin de magicien sur un champ de foire ?

Sûrement pas si l’on comprend comment fonctionne le mental vide et non occupé.

Un sage disait que c’était la maîtresse clé pouvant ouvrir toutes les portes.

Le voile, le mur, qui nous sépare du monde spirituel est constitué de notre propre imperfection, de l’état grossier de nos énergies animales, et des abus, des concrétions de nos énergies mentales (désirs, émotions, ruminations sans fin, conceptions intellectuelles internalisées…)

Progresser spirituellement signifie en tout et pour tout effectuer une purification.

Raffiner, transformer l’énergie grossière en énergie subtile.

La pratique du mental vide et non occupé est très précisément le processus de purification. On le comprend bien en méditation, il en est de même en dehors de la méditation.

Le mental nous met alors en contact avec notre nature interne profonde, qui est la même que la nature pure et intacte du reste de l’univers. Et celle-ci peut nous transformer si nous communions avec elle.

Voilà pourquoi il est possible d’atteindre un état où les malheurs et vicissitudes de l’existence nous touchent moins. Parce que nous changeons  de domaine, nous migrons dans la nature même de l’esprit, celle qui est présente avant l’apparition de l’univers, celle qu’aucun choc de notre monde externe ne peut atteindre.

— D’accord, mais si on fait le bilan, on se rend compte que nous devons quand même beaucoup nous dépouiller ! Abandonner des désirs, des émotions, des pensées, le vouloir, l’intelligence, le savoir, pour atteindre l’esprit interne qui est dans la vacuité. On comprend qu’il soit difficile de changer de camp. Le bénéfice n’est pas évident.

Un sage répondrait : le bénéfice est incommensurable. Il faut le vivre pour le savoir.

Nettoyer le mental nous met en harmonie avec notre milieu de vie, avec tous les phénomènes changeants, et non plus en opposition.

C’est connaître le bonheur de devenir pleinement achevé, d’avoir conduit notre être imparfait à sa pleine réalisation. C’est connaître une joie et un bien-être indicibles.

Voilà une façon de mesurer nos progrès : en gardant un mental libre et non occupé, (les sages disent aussi « un mental propre,  ») on sent apparaître la vigueur de l’énergie vitale, et avec elle ce profond bonheur immotivé et inconditionnel, le bonheur d’être.

Alors, derniers conseils que nous donnerait un sage :

Ne restons pas assis au bord du chemin à nous lamenter parce qu’on ne voit pas de progrès, parce que l’illumination ne vient pas. Débarrassons ce qui obstrue l’illumination.

Ne perdons pas notre temps en vaines luttes contre un ego fantôme et un mental retors.

Soyons heureux et satisfaits avec ce que nous avons.

Ici et maintenant.

Nous avons tout ce qu’il faut, et rien à rajouter. Il reste simplement à effectuer patiemment et méthodiquement le travail de laisser croître l’esprit qui est en nous, en restant dans l’harmonie et en cultivant le mental vide, propre, calme et non occupé.

 

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